Pèlerinage à Notre-Dame du Puy (1910)
Toutes les fois que la fête de l'Annonciation coïncide avec le vendredi saint jouit du privilège d'une indulgence jubilaire. Cette concordance a lieu cette année-ci le 25 mars 1910. Monseigneur Boutry, présumant à bon droit une affluence considérable de pèlerins, a sollicité et obtenu du souverain pontife Pie X la prorogation de la période jubilaire du 25 mars au 10 avril. Pour éviter le désordre et l'encombrement, les pèlerins du diocèse ont été convoqués à jour fixe et par archiprêtré. Saint-Vert qui est du doyenné de Champagnac était convoqué avec l'archiprêtré de Brioude pour le 1er avril 1910. Pour Saint-Vert, la voie la plus courte était par Saint-Alyre. Monsieur le curé Vigouroux, ayant appris que l'abbé Bernard demandait une heure spéciale pour son doyenné de La Chaise-Dieu, crut bon de se joindre aux pèlerins de La Chaise-Dieu. Dans ce but il s'entend avec monsieur le doyen Bernard et il fut convenu que les pèlerins de Saint-Vert iraient à Saint-Alyre rejoindre le train spécial. Il fallait arriver à Saint-Alyre à 5 h 20 du matin le 9 avril. La paroisse de Saint-Vert a fourni cinquante-deux pèlerins. Quarante-deux partirent avec monsieur le curé après avoir entendu la messe à 1 heure du matin. La distance de Saint-Vert à Saint-Alyre est d'environ 12 km mais il n'y a pas de routes. La neige qui tombait en abondance avait obstrué les sentiers. Dieu seul sait ce que nous avons souffert à traverser les congères pendant trois heures et demie dans l'obscurité de la nuit. Chargés de neige, les pieds mouillés, nous sommes arrivés à grand peine pour le train. A notre arrivée à Saint-Alyre nous faisions pitié à voir. Chose digne de remarque, personne de malade. Deux pèlerins, mademoiselle Rosalie Fournier âgée de 72 ans et sa nièce madame veuve Jacob d'Osfont, n'ont pu suivre la colonne parce que, avec leurs sabots, elles ne pouvaient traverser les congères de neige amoncelée. Elles n'ont pas désespéré et, s'armant de courage, elles ont fait une partie du trajet pieds nus et ont pu prendre le train ordinaire qui passait une heure après le train spécial et elles sont arrivées bien portantes au Puy à 10 heures, au moment où nous terminions la cérémonie à la cathédrale.