les Seigneurs de Saint-Vert

Frédéric Challet



Jusqu'à la Révolution, la terre appartient aux seigneurs (simples propriétaires fonciers ou châtelains), laïcs ou ecclésiastiques. Les paysans sont locataires (tenanciers) des terres qu'ils exploitent. Ils peuvent les léguer, les louer, les échanger et les vendre à condition que l'acquéreur verse au seigneur des droits de mutation (lods et ventes). Le seigneur est propriétaire éminent de la terre, le paysan propriétaire incomplet. Le tenancier paie le cens au seigneur pour la location perpétuelle de sa terre. Compte tenu du morcellement de la propriété foncière, de l'enchevêtrement des possessions seigneuriales, il arrive fréquemment qu'un paysan acquitte des cens à plusieurs seigneurs. Les seigneuries ne sont en effet pas calquées sur le cadre paroissial, une paroisse compte souvent plusieurs seigneurs.

Dans la paroisse de Saint-Vert, les deux principaux seigneurs sont d'une part les seigneurs de Châteauneuf-du-Drac (paroisse de Sainte-Catherine) et d'autre part les moines de La Chaise-Dieu. Ils se partagent les terres (les tenures) et les droits seigneuriaux, en particulier la justice. Les seigneurs de Châteauneuf-du-Drac exercent la haute justice dans la moitié Ouest de la paroisse de Saint-Vert. Les moines de La Chaise-Dieu exercent la haute justice dans la moitié Est de la paroisse et la basse justice dans la moitié Ouest. Pour rendre la justice, lever les impôts et administrer leurs biens, il font appel à des officiers seigneuriaux (bailli, baile, juge, procureur) qui les représentent et résident ou non sur place.

De petits seigneurs possèdent en outre quelques tenures et des droits seigneuriaux dans la paroisse de Saint-Vert. Au XIVème siècle, le seigneur de Contournat (paroisse de Saint-Julien-de-Coppel) possède des terres dans la paroisse, terres sur lesquelles il a, semble-t-il, droit de justice. Le seigneur du Viallard (dont le château se trouve dans la paroisse de Laval) rend la justice dans une partie de la paroisse de Saint-Vert ; un tertre et une muraille séparent la justice de Châteauneuf de celle du seigneur du Viallard.

Au XIIIème siècle, la seigneurie auvergnate de l'abbaye de La Chaise-Dieu est en grande partie constituée. Elle l'est même, au moins en ce qui concerne le Livradois, dès le début du XIIème siècle. Par la suite, les moines s'efforcent de lui donner une certaine cohésion. De nombreux arrangements sont passés entre la seconde moitié du XIIIème siècle et la fin du XVème siècle. Parfois, les accords prennent l'aspect d'un échange de biens : l'abbaye abandonne des terres éloignées contre des fonds plus proches. Un des échanges les plus considérables est conclu en 1338 : Armand de Châteauneuf, seigneur de Mallet (au sud de Saint-Flour), échange sept manses (le manse comprend la maison paysanne, ses dépendances et les terres cultivables) ou hameaux (1 à côté de Pinols, 2 à côté de Comps et 4 dans la paroisse de Saint-Vert ) contre d'autres que possède l'abbé de La Chaise-Dieu près de Saint-Flour. C'est ainsi que les moines de La Chaise-Dieu acquièrent les manses ou hameaux de Puey Poget (Podio Pogeto), las Cumbes, Font Frenalt (Fonte Frenaldo) et del Charril Velh, situés dans la paroisse de Saint-Vert.

La seigneurie de Saint-Vert appartient à la baronnie de Châteauneuf-du-Drac. Par le mariage d'Alix du Drac, dernière héritière de sa maison, avec Bertrand de La Queuille, vers 1360, la seigneurie de Saint-Vert passe à celui-ci. Elle échoit ensuite à Marc de Montboissier-Beaufort-Canillac quand il épouse, en 1535, Catherine de La Queuille. Cette branche s'éteint en 1725 avec le décès de Philippe de Montboissier-Beaufort-Canillac, ce dernier n'ayant pas de descendance. Comme il laisse de nombreuses dettes, ses créanciers font vendre ses différentes seigneuries. Jean-Astorg de Besse de la Richardie acquiert la baronnie de Châteauneuf-du-Drac qui englobe la seigneurie de Saint-Vert. Enfin, en 1772, Jean-Claude de Besse de la Richardie vend ces terres à Barthélemy Grellet de la Deyte (1723-1810) qui est président en l'élection d'Issoire. Le dictionnaire généalogique des familles d'Auvergne d'Albert de Remacle permet d'établir la liste détaillée des seigneurs de Châteauneuf-du-Drac et de Saint-Vert :

Guillaume Drac, chevalier, seigneur de Châteauneuf et de Saint-Vert. Etait au nombre des seigneurs qui prêtèrent serment de maintenir la paix conclue entre Guy, comte d'Auvergne, et Robert, son frère, évêque de Clermont, en mai 1201.

Pierre Drac (fils du précédent), chevalier, seigneur de Châteauneuf et de Saint-Vert. Le 8 juillet 1260, il déchargea les habitants du village de Saint-Vert de tous les droits de taille (jusqu'au XVème siècle, la taille était une taxe seigneuriale, levée par le seigneur sur ses censitaires en rachat du service militaire qu'ils n'effectuaient pas, les tâches de défense étant monopole de la noblesse), et cèda à l'abbé de La Chaise-Dieu une rente et divers privilèges assis sur le prieuré de Saint-Germain-Lherm à condition que le prieur de Saint-Vert se chargeât du droit de garde du fort de Saint-Vert.

Louis du Drac (fils du précédent), chevalier, seigneur de Châteauneuf et de Saint-Vert. On sait qu'il était vivant entre 1260 et 1290.

Drago du Drac (fils du précédent), seigneur de Châteauneuf et de Saint-Vert. Le 9 novembre 1314, il rendit foi et hommage à l'abbé de La Chaise-Dieu.

Armand du Drac (fils du précédent), chevalier, seigneur de Châteauneuf et de Saint-Vert. On sait qu'il était vivant en 1320.

Drago du Drac (fils du précédent), chevalier, seigneur de Châteauneuf et de Saint-Vert. On sait qu'il était vivant en 1335.

Louis du Drac (fils du précédent), chevalier, co-seigneur, avec son frère Pierre, de Châteauneuf et de Saint-Vert. Le 7 mars 1368, il légua à l'abbaye de La Chaise-Dieu sa part du château de Saint-Vert, abandonné par lui pour aller résider dans celui de Châteauneuf plus important et mieux fortifié.

Pierre du Drac (frère aîné du précédent), chevalier, seigneur de Châteauneuf et de Saint-Vert. On sait qu'il était vivant en 1360.

Bertrand de La Queuille (époux d'Alix du Drac, fille de Pierre du Drac et dernière héritière de sa maison), chevalier, seigneur de La Queuille. Il meurt en 1366. Il est enterré dans l'abbaye de Saint-André à Clermont.

Pierre de La Queuille (fils du précédent), chevalier, seigneur de La Queuille, de Châteauneuf-du-Drac et de Saint-Vert. Capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du roi, chambellan de Jean, duc de Berry et d'Auvergne, il rend hommage à ce dernier en 1396 pour son château et sa seigneurie de Châteauneuf-du-Drac. Il épouse vers 1399 Marguerite de Montmorin (fille de Geoffroy de Montmorin, seigneur de Montmorin et d'Auzon).

Jacques de La Queuille (fils du précédent), chevalier, seigneur de La Queuille, de Châteauneuf-du-Drac et de Saint-Vert. Il épouse vers 1418 Louise de Giac (fille de Pierre de Giac, seigneur de Châteaugay, Jozerand, Beaune, Florac, Montceaux, etc., chambellan du roi Charles VII). Jacques de La Queuille est chambellan du duc de Bourbon et d'Auvergne. Il rend hommage à ce dernier en 1437. Il meurt en 1442. Il est enterré dans l'église de l'abbaye de Saint-André à Clermont.

Guillaume de La Queuille (fils du précédent), chevalier, seigneur de La Queuille, Châteauneuf-du-Drac, Saint-Vert, Châteaugay, Jozerand, Beaune, Florac, Montceaux, etc. Il est chambellan du roi Louis XI et bailli des Montagnes d'Auvergne pour Pierre II, duc de Bourbon. Il épouse Yzabeau de Florac. On sait qu'il est vivant en 1490.

Charles de La Queuille (fils du précédent), chevalier, seigneur de La Queuille, Châteauneuf-du-Drac, Saint-Vert, Châteaugay, Jozerand, Beaune, Florac, Montceaux, Jouy, Croisy, Bouchereul, Guépy, etc. Il est chambellan du duc de Bourbon. On sait qu'il est vivant en 1495. Il se marie trois fois, avec Anne Jehan (dame de Jouy, Croisy, Bouchereul et Guépy), Anne de Ventadour et Marguerite de Lévis.

François de La Queuille (fils du précédent), chevalier, seigneur de La Queuille, Châteauneuf-du-Drac, Saint-Vert, Châteaubrun, Jouy, le Magnet, la Deyte, Guérines, Lavors, etc. Il se marie deux fois et a cinq filles et aucun garçon.

Marc de Montboissier-Beaufort-Canillac (époux de Catherine de La Queuille, fille de François de La Queuille), chevalier, marquis de Canillac, comte d'Alais, vicomte de Valernes, baron de Banyols, Châteauneuf-du-Drac (et donc seigneur de Saint-Vert), la Queuille, Guérines, Aurelle, les Ormais, la Roche-de-Canillac, la Trinitat, Saint-Laurent-de-Ribedor, Combret, Saint-Etienne-de-Valfrancisque, Saint-Jean de Guardomenges, Anduze, Saint-Urcize, etc. Il est premier baron né des Etats du Languedoc et chevalier de l'ordre de Saint-Michel (dont les membres s'engagent à défendre les valeurs chevaleresques et la personne du roi). Il épouse Catherine de La Queuille en 1535.

Jean de Montboissier-Beaufort-Canillac (fils du précédent), marquis de Canillac, vicomte de Valernes, seigneur d'Aubusson, la Motte, la Queuille, Langeac, Saint-Urcize, Bagnols, Châteauneuf-du-Drac, Saint-Vert, la Trinitat, Saint-Cirgues, etc. Il est tour à tour chevalier de l'ordre de Saint-Michel, conseiller du roi en ses conseils privés et d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du roi, gouverneur et lieutenant général de la province d'Auvergne, ambassadeur extraordinaire à Constantinople. En 1565, il épouse Gilberte de Chabannes (fille de Joachim de Chabannes, seigneur de Curton et sénéchal de Toulouse et de l'Albigeois). Il est tué le 29 avril 1589 devant le château de Saint-Ouen (en Touraine) alors qu'il commande dans l'armée du duc de Mayenne.

Jean-Timoléon de Montboissier-Beaufort-Canillac (fils du précédent), chevalier, marquis de Canillac, comte de Saint-Cirgues, Saint-Laurent et Champeix, vicomte de Valernes, baron de Châteauneuf-du-Drac (et donc seigneur de Saint-Vert), Guérines, la Gueulie, Combret, les Hermeaux, Aurelle, etc. Il est capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du roi et lieutenant-général pour le roi au bas pays d'Auvergne. En 1596, il épouse Gasparde Mitte de Chevrières (fille de Jacques Mitte, comte de Miolans, seigneur de Chevrières et Saint-Chamond). Le 2 février 1606, leur fille est baptisée dans la chapelle du château de Châteauneuf-du-Drac.

Jacques-Timoléon de Montboissier-Beaufort-Canillac (fils du précédent), chevalier, marquis de Canillac, comte de Saint-Cirgues, Saint-Laurent et Champeix, vicomte de Valernes, baron de Châteauneuf-du-Drac (et donc seigneur de Saint-Vert), Guérines, la Gueulie, Combret, les Hermeaux, Aurelle, Sugères, la Queuille, Bagnol, etc. En 1624, il épouse Catherine Mathel de Trefort (fille d'Ennemond Mathel, marquis de Trefort). En 1658, il fonde à Lamothe un prieuré de religieuses de l'ordre de Fontevrault. Il est condamné à mort au moment des Grands Jours d'Auvergne (en 1665-1666) mais échappe au supplice.

Charles-Timoléon de Montboissier-Beaufort-Canillac (fils du précédent), chevalier, marquis de Canillac, comte de Saint-Cirgues et Champeix, vicomte de Valernes, baron de Châteauneuf-du-Drac (et donc seigneur de Saint-Vert), Guérines, la Gueulie, Combret, les Hermeaux, Aurelle, Sugères, la Queuille, Bagnol, etc. En 1667, il épouse Claire-Julie Hurault de l'Hospital (fille d'Henri Hurault de l'Hospital, comte de Belesbat et de Beu, conseiller au parlement de Paris et maître des requêtes). Il est condamné à mort au moment des Grands Jours d'Auvergne (en 1665-1666) mais obtient ensuite sa réhabilitation. Il est maintenu dans sa noblesse par un jugement de l'intendant d'Auvergne du 6 mai 1668. Il meurt en 1678.

Philippe de Montboissier-Beaufort-Canillac (fils du précédent), chevalier, prince de Combret, marquis de Canillac, comte de Saint-Cirgues et de Champeix, vicomte de Valernes, seigneur de la Roche, la Queuille, Saint-Urcize, Sugères, Anduze, Châteauneuf-du-Drac, Saint-Vert, Ceilloux, Guérines, la Trinitat, Saint-Rémy, etc. Il est exempt des gardes du corps du roi en 1674, dans la compagnie de Duras, capitaine dans un régiment de cavalerie en 1688, colonel du régiment de Rouergue en 1692, brigadier des armées du roi en 1702. Il sert en Languedoc en 1703 et 1704 contre les camisards (calvinistes des Cévennes) sous les ordres des maréchaux Montrevel et de Villars. Il est promu maréchal de camp le 26 octobre 1704. Il devient lieutenant-général en bas Languedoc par commission du 6 mai 1720. Il meurt à Paris, sans enfant, le 29 janvier 1725, en laissant de nombreuses dettes. Ses créanciers font vendre ses différentes seigneuries.

Jean-Astorge de Besse de La Richardie, chevalier, marquis de Besse de La Richardie, comte d'Aulhat, seigneur de Puy-de-Celles, Viscomtat, etc. Né le 19 décembre 1700, il est baptisé le 22 décembre suivant dans la paroisse d'Aulhat (près d'Issoire). Il achète la baronnie de Châteauneuf-du-Drac qui comprend la seigneurie de Saint-Vert. En 1730, il épouse Françoise-Elisabeth de Saint-Simon (née à Paris en 1707). Tous deux meurent au château d'Aulhat, elle en 1764, lui en 1767.

Jean-Claude de Besse de La Richardie (fils du précédent), chevalier, marquis de Besse de La Richardie, comte d'Aulhat, seigneur de Puy-de-Celles, Viscomtat, Châteauneuf-du-Drac, Saint-Vert, etc. Né au château d'Aulhat le 22 mars 1731, il devient maître de camp de cavalerie et chevalier de Saint-Louis (l'ordre de Saint-Louis récompense des officiers méritants). Le 25 août 1765, il épouse, dans la chapelle du château de Pont-du-Château, Françoise-Louise de Rochechouart. Le 7 juillet 1772, il vend à Barthélemy Grellet de la Deyte la baronnie de Châteauneuf-du-Drac qui comprend la seigneurie de Saint-Vert. Il meurt le 13 juin 1777 et est enterré dans l'église d'Aulhat.

Barthélemy Grellet de la Deyte (1723-1810) épouse Marguerite-Philippine des Plats de Montaclier en 1754. Il est président en l'élection d'Issoire de 1767 à 1790. Il achète la baronnie de Châteauneuf-du-Drac, qui comprend la seigneurie de Saint-Vert, en 1772.





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